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GIS Gestes

Mon mètre en main, je mesure le chemin à parcourir pour être à la hauteur de mon maître

Phrase produite et peinte sur les murs de l'atelier (photographies ci-dessous) : « Mon mètre en main, je mesure le chemin à parcourir pour être à la hauteur de mon maître. »

La phrase ne peut se lire que lorsque l'on est situé à un endroit précis de l'atelier. Les élèves ont joué sur les effets de perspective pour jouer avec le thème proche/lointain.

© photos d’Emmanuelle Sapin

Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021 Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021 Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021 Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021 Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021 Écrire le travail, écrire les métiers 2020-2021

Élèves de première CAP 1MBC (Maintenance des Bâtiments de Collectivité) LPO Viollet-le-Duc à Villiers-Saint-Frédéric

Équipe pédagogique : Emmanuelle Sapin et Maïté Rouvreau

LE REGARD DE GAËTAN BOURMAUD SUR : "MON MÈTRE EN MAIN, JE MESURE LE CHEMIN À PARCOURIR POUR ÊTRE À LA HAUTEUR DE MON MAÎTRE"

Sur le chemin du développement

Véritable installation artistique, le travail réalisé par les élèves de CAP du Lycée Polyvalent Viollet-Le-Duc de Villiers Saint-Frédéric est une œuvre complète, multiforme.

Nécessitant la participation du spectateur-lecteur, la phrase « Mon mètre en main, je mesure le chemin à parcourir pour être à la hauteur de mon maître » ne peut se lire dans son entièreté que depuis un seul point de vue, un cadre unique : celui de la lampe du rétroprojecteur utilisé initialement pour la projection de ces mots sur les murs de l’atelier, lumineux pochoir. Ah, pardon… mais dévoiler les secrets de fabrication constitue une occasion formidable de donner à voir le travail en train de se faire, de montrer la coexistence des deux faces de l’activité, productive et développementale à la fois, et ici souligner plus encore la créativité des auteurs. S’observant de loin, il est difficile d’en isoler les jeux de perspectives et profondeurs, des jeux de mots – dont l’homophonie subtile et puissante, reliant l’instrument « mètre » au professionnelprofesseur « maître » –, voire de son esthétisme. A y regarder de plus près, la réalisation est nette : précision des lettres et de leur ombrée rouge, ou fond bleu-ciel finement délimité, en attestent. Peinte à même les murs de l’atelier, pages blanches de ce travail d’écriture, cette œuvre en situation, recouverte depuis, est le fruit de plusieurs mois d’un travail mené collectivement et d’une articulation entre plusieurs disciplines, exercice habituellement difficile à saisir pour les élèves : « du français à l’atelier », comme le précise Emmanuelle Sapin, leur professeur de français et d’histoire de l’art.

Alors une question se pose : quand on s’intéresse au développement des personnes – le développement de ressources telles les compétences de ces élèves par exemple – peut-on véritablement mesurer le chemin à parcourir ? Probablement pas ; même avec un mètre, instrument pivot parmi tous, le mètre du monde pour Denis Guedj. Pour l’observer, il s’agit au contraire d’affirmer le principe inverse, a priori aberrant certes, de « deux poids deux mesures » : le développement des personnes renvoie à une activité constructive éminemment singulière, présentant un fort caractère de potentialité. Ce n’est pas un long fleuve tranquille en d’autres termes ! L’appel au hors-champ est indispensable pour contempler le développement : il faut examiner les ressources de chacune et chacun, par zoom et dé-zoom, et leurs circulations dans le temps et dans l’espace. Ainsi, le couloir de l’atelier fait apparaître une symbolique forte : il est métaphore pour penser le chemin qui relie le déjà parcouru de ces élèves à un horizon souhaité plus ou moins lointain ; ce qu’Anne Bationo-Tillon et Pierre Rabardel nomment le chemin de développement. L’œuvre éphémère de ces élèves aura révélé à tous – et peut-être à eux d’abord ! – tout autant leur ambition que leurs capacités à s’élever au niveau du maître.

Références :

  • Bationo-Tillon, A., & Rabardel, P. (2015). L’approche instrumentale : conceptualiser et concevoir pour le développement. Dans Françoise Decortis (éd.). L’ergonomie orientée enfants. Concevoir pour le développement (pp. 109145). Paris : Presse Universitaire de France
  • Guedj, D. (2000). Le mètre du monde. Paris : Éditions du Seuil
Mon mètre en main, je mesure le chemin à parcourir pour être à la hauteur de mon maître